Lectures croisées

Le commentaire de textes en français, histoire, philosophie

Nos élèves du second cycle ont à pratiquer l’exercice du commentaire dans trois disciplines avec des consignes parfois très différentes. Comment s’y retrouvent-ils ? Que savons-nous, nous-mêmes enseignants, des exigences de nos collègues ? Cet ouvrage confronte les pratiques et les présupposés de l’exercice scolaire dans les trois matières, propose différentes approches disciplinaires du même texte ainsi qu’une mise en perspective historique des exercices et s’interroge sur la paraphrase qui est au coeur même de l’activité du commentaire.

Avant-propos

"Vous ferez de ce texte un commentaire"..., c’est par cette formule canonique qu’à partir de la classe de seconde au moins, commencent nombre d’exercices proposés en histoire, en français ou en philosophie.

En apparence rien de plus clair, puisque l’exercice de la "glose" est un des plus anciens peut-être de l’enseignement, un des plus nécessaires aussi sans doute. Au fond, faire un cours, n’est-ce pas toujours plus ou moins reprendre un texte, un ensemble de textes antérieurs pour le développer, l’analyser, l’expliquer, en un mot, le "gloser" ? Commenter est la pratique la plus naturelle qui soit pour l’enseignant. Faire pratiquer cet exercice à l’élève, c’est lui donner les clés, le faire boire à la source du savoir, le texte ou le document !

Tout le monde sait, bien entendu, que ce n’est pas si simple. Il existe des pratiques différentes, et pourtant tout aussi légitimes, de cet exercice de base. Déjà la tradition aristotélicienne dans la lignée d’Averroès en distinguait différentes versions : le petit commentaire se voulait explicitement paraphrase, mais paraphrase abrégée du texte aristotélicien ; le commentaire moyen se situait, lui, au niveau de l’explication tout en restant court ; le grand commentaire se caractérisait par sa longueur, justifiée par le fait qu’il confrontait les interprétations et relevait les difficultés.

Aujourd’hui l’exercice scolaire obéit à des règles qui se recoupent en apparence d’une discipline à l’autre mais qui pourtant relèvent d’exigences de nature différente.

Le refus de la paraphrase par exemple semble unanime. Paraphraser, c’est se livrer à la répétition du même, reformuler ce que le texte dit déjà si bien lui-même, c’est donc pratiquer une activité dénuée de sens. Mais là où le philosophe démonte un raisonnement pas à pas, montrant la logique de l’enchaînement des concepts, le professeur de français ne serait-il pas prêt à dire "paraphrase" ? A l’inverse, l’analyse d’une figure de style ou le repérage d’un champ lexical ne risquent-ils pas d’apparaître aux yeux du philosophe ou de l’historien comme un inutile bavardage ?

Le statut du texte n’est pas non plus le même. La critique se veut interne pour le philosophe et le littéraire, externe pour l’historien ; là où le philosophe recherche l’universel, le littéraire s’attache au particulier, l’historien au reflet d’une époque. Et que faire des rebonds qu’un texte provoque ? Le commentaire en français se méfie de ce qui est pourtant une des fonctions du texte, servir de tremplin à la réflexion ou à l’imagination, fonction que le commentaire philosophique juge indispensable dans sa partie critique.

Derrière un mot commun se cachent donc des expériences diverses. Ne serait-ce que pour connaître le contexte dans lequel chaque discipline exerce sa pratique, nous avons pensé qu’à titre d’information mutuelle, il n’était pas inutile de confronter ces pratiques, telles qu’elles sont mises en oeuvre pour le bac d’une part, mais aussi telles qu’elles se manifestent de façon plus générale dans les démarches d’enseignement. Nous avons adopté une démarche d’abord descriptive reprenant les instructions officielles et l’énoncé des principes dont relève ce type d’exercices dans les différentes disciplines. Le deuxième temps de notre démarche constitue une sorte de mise à l’épreuve de ces principes à travers des commentaires croisés de pages choisies dans la Préface du Discours sur l’Origine de l’Inégalité parmi les Hommes de Rousseau, La recherche du temps perdu de Proust, Eugénie Grandet de Balzac et le Mariage de Figaro de Beaumarchais. Enfin nous proposons, en trois étapes successives, quelques pistes de réflexion, avec un traitement particulier pour la paraphrase dont la définition permet de mieux cerner les contours mêmes du commentaire.

Si ce travail pouvait faciliter l’appréhension par les élèves des ressemblances et des différences, de la spécificité de l’exercice qu’on leur propose sous le même nom ou sous un nom voisin, alors nous aurions atteint un objectif essentiel. Peut-être cela permettra-t-il, de surcroît, de poser quelques-unes des questions fondamentales que
ces exercices font surgir.


Auteurs : Catherine Fuchs, Anne-Raymonde de Beaudrap, Francis Maure, Luc Boucris, Philippe Solal, Jean-François Perrin, Laurent Kaddour, Marie-Annick Blondot, Jacqueline Livet, Brigitte Carrel, Pierre Petremann, Patricia Nicolet, Bernard Gerin, Véronique Vanier, Catherine Elzière.


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