Environnements Numériques de Travail

Toujours plus ou toujours mieux ?
 janvier 2009
par  Alain Prevot

L’ENT, « bureau virtuel », donne accès par une adresse unique et sécurisée (identifiant, mot de passe) à un groupement d’outils « partagés » : carnet de notes et édition de bulletins, cahier de textes, gestion des absences, messagerie, ressources pédagogiques locales ou externes, logiciels, etc. Les droits d’accès sont différents selon les utilisateurs : professeurs, élèves, parents, administration, visiteurs. L’ENT est ainsi constitué d’outils mis à disposition et d’autres imposés.

Ces espaces se développent et s’entrecroisent dans une dynamique aussi époustouflante qu’incontrôlée dont les acteurs n’ont ni les mêmes objectifs ni les mêmes moyens financiers ou techniques : professeur qui met –pour ses élèves– ses cours en ligne, éditeur vendant l’abonnement à ses encyclopédies (bientôt à de l’assistance scolaire ?), administration imposant des bases de données de gestion des élèves et des personnels, professeur renonçant à son carnet de notes personnel pour tout mettre sur le logiciel d’établissement, collectivité locale lançant le « cartable en ligne » comme vitrine, société commerciale offrant « généreusement » ses logiciels aux personnels... Et, de plus en plus, les parents aussi s’en mêlent... et ils ont raison ! Malgré la diversité des applications, ce sont d’abord les usages administratifs qui sont développés.

L’ENT augmente, au moins dans un premier temps, le temps de travail et déporte certaines taches hors de l’établissement (saisie des notes, remplissage du cahier de textes), mais, et c’est souvent apprécié, il introduit aussi de nouveaux rapports entre enseignants, parents, élèves, administration. Dans ce foisonnement, pour être constructif, pour éviter les dérives, il faut prendre le temps de réfléchir et de réunir des compétences ; ce qui est difficile dans l’urgence du quotidien, d’autant que les gestionnaires de réseau –souvent plus bénévoles que rémunérés– manquent de temps voire de formation.

Sur cette page :

| L’ENT d’établissement | L’ENT, vraie ressource et vrais risques ! |
Un inventaire à la Prévert | Les acteurs des ENT |
Vous devez en savoir plus ! | rubrique 4 |

size="2">L’ENT d’établissement

L’organisation de l’utilisation des TICE est sous la responsabilité du proviseur ou du principal qui doit respecter la liberté pédagogique de chacun et les compétences du CA.

– L’espace pédagogique peut contenir toutes sortes d’applications à l’initiative des équipes y compris permettre des travaux d’élèves... Des exercices de révision pour les classes d’examen aux liens vers des ressources externes, en passant par l’interactivité entre enseignant et élève, il y a une infinité de possibilités. Cet espace peut apparaître dans le projet d’établissement et être coordonné par le conseil pédagogique, s’il existe, qui ne peut remettre en cause notre liberté pédagogique. Sans concertation, formation avec stage d’établissement et aide-référent sur place, cet espace reste à coup sûr anecdotique et risque même d’avoir des effets pervers (cours en ligne dissuadant la prise de notes...).

– L’espace plutôt administratif contient ce qui relève d’autres obligations : relevé des absences, cahier de textes, bulletins, communications aux parents. Le CA doit être consulté et les possibilités ouvertes communiquées aux parents et élèves. Il faut prévoir le cas des personnes non équipées et veiller à ce que la technique n’entraîne pas un accroissement de la charge de travail pour un bénéfice médiocre. Bien des collègues ignorent les possibilités de paramétrage des applications qu’ils utilisent, il est facile alors de cacher derrière une allégation technique mensongère une décision autoritaire.

La maintenance a deux volets, technique et pédagogique. Le premier relève de la collectivité de rattachement –qui peut mettre à disposition un agent qualifié– mais la compétence pédagogique appartient à l’État et à ses échelons locaux (cellule d’aide d’une inspection, par ex.) L’établissement lui-même peut choisir de consacrer, sur sa DHG, des heures à un responsable interne. Ces heures se substituent à une autre possibilité et apparaissent dans le TRMD, elles sont donc dans l’objet du vote sur la DHG en CA. Un emploi (CAE...) peut être ouvert, suivant un profil défini en CA.

La charte d’utilisation des TICE par les élèves fait partie du règlement intérieur. Elle ne concerne pas les personnels, tenus de respecter les règles d’utilisation de tout équipement dans un service public.

Il faut être vigilants pour que soient respectées les libertés fondamentales des personnes, jeunes et adultes. En effet, les décideurs ont souvent programmé des ENT sans concertation suffisante et, si pareils outils répondent à des besoins et à des attentes, leur mise en place pose cependant des problèmes.


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color="#000080" size="3" face="Arial">L’ENT, vraie ressource et vrais risques !

L’ENT apporte des solutions à de nombreux problèmes, s’ils ont été clairement posés, sans quoi il peut à l’inverse les générer.

Des ressources documentaires, évidemment !

Élèves et enseignants devraient pouvoir consulter le catalogue du CDI, y trouver l’accès à des ressources numériques de qualité (encyclopédies, archives de presse, etc.) éventuellement sur abonnement de l’établissement, y profiter du travail de veille (portails agrégateurs de contenus., flux RSS..) des documentalistes. L’ENT peut aussi valoriser des travaux d’élèves.... Mais tout ceci peut alourdir la gestion quotidienne du CDI et le détourner vers un rôle de « vitrine » si on n’a pas pu former tous les élèves à la maîtrise intellectuelle de l’outil.

Partager, bien sûr, mais quel est le droit ?

Les droits d’auteur protègent toute oeuvre de l’esprit, y compris les cours (c’est l’expression de l’idée qui est protégée, pas l’idée) même en l’absence de mention du copyright. Mettre le travail d’un tiers à la disposition du public, sans autorisation, est un acte de contrefaçon ; cependant, pour un ENT « pédagogique » à l’accès limité, des accords ont été conclus...

Par ailleurs, selon le Tribunal Administratif de Versailles « les droits sur les oeuvres créées par les fonctionnaires dans le cadre de l’exécution du service public appartiennent à l’État » (17.10.03) tandis que la loi du 1.08.06 édicte un alignement du droit public sur le droit privé ! L’agent public a t-il retrouvé une totale liberté d’auteur ? Notre situation reste confuse et mieux vaut le savoir pour se protéger raisonnablement.

Publier un portrait ou un nom sur un site d’accès public impose une autorisation en bonne et due forme de la personne. Soyez vigilants en particulier pour tout ce qui serait affichage des absences…

Le traitement des absences, que du gain ?

Le relevé des absences, qu’il soit saisi directement par le professeur depuis sa classe ou par un personnel recruté pour cela... n’est qu’un problème technique d’exécution d’une obligation légale. C’est le suivi qui est essentiel et le contact CPE-familles. Si l’automatisation avec l’envoi automatique d’un SMS fait obstacle à ces échanges personnalisés, le système doit être repensé.

Usages pédagogiques : du pire au meilleur

La pression pour l’utilisation des TICE est énorme : les IPR ont obligation d’en faire état dans leurs rapports et les déclarations ministérielles sur le cahier de textes électronique séduisent les familles malgré des problèmes (il ne doit pas être ouvert à tous). Pourtant utiliser un outil « par principe » n’a pas de sens ! Ainsi, en G-B, où le tableau blanc interactif est répandu, il est allumé dès l’entrée en classe mais bien peu utilisé de manière interactive, plutôt pour projeter documents ou diapos préparés à l’avance. Se justifie-t-il alors ? Il faut privilégier des usages offrant un réel profit pour la construction des savoirs et les apprentissages.

Des inégalités criantes : Collège et B2i

Le B2i contribue à la généralisation d’une évaluation par compétences (« lorsque j’utilise ou transmets des documents, je vérifie que j’en ai le droit »), comme le niveau A2 en langues, anticipant l’évaluation de l’acquisition du socle dans les disciplines. On assiste à des différences d’exigences : comment est définie telle compétence ? est-elle pérenne ? quels critères pour dire qu’elle est acquise ? Les nouveaux programmes ignorent la nécessité d’un apprentissage spécifique et la baisse des dotations horaires entraîne la disparition des groupes, voire celle des activités devant ordinateur. Pourtant les grilles du B2i sont incluses dans l’ENT des établissements avec une pression croissante sur les enseignants, la hiérarchie voyant en temps réel qui a validé quoi ! Bilan : des B2i validés après une formation soutenue, d’autres avec un niveau d’exigence restreint et d’autres même de quelques clics, in extremis, par le principal, afin d’éviter d’invalider les brevets de tout un collège !

Un outil efficace n’est pas autosuffisant !

La démarche expérimentale a toujours existé en mathématiques mais elle a pris une dimension nouvelle avec informatique et ECE. Pour autant il ne suffit pas qu’une activité soit sur ordinateur pour placer l’élève dans une démarche expérimentale. Selon la situation proposée et la façon dont l’activité est menée, la part d’initiative est très variable et l’exploration permise ne donne pas nécessairement d’idée sur les éléments mathématiques justifiant des conjectures. Or les ENT sont parfois mis en avant comme alternative au travail avec un enseignant. Là encore, pensons bien la cohérence avec nos pratiques de classe et exigeons programmes et conditions de travail permettant d’intégrer les TICE dans une pédagogie efficace.

Pour conclure :

Les ENT peuvent améliorer considérablement nos résultats à la condition que tous les acteurs, élèves-personnels-parents et donc particulièrement les enseignants, soient formés et impliqués dans leur conception et leur évolution.


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color="#000080" size="3" face="Arial">Un inventaire à la Prévert

 Il n’y a pas que des ENT d’établissement et les contenus possibles sont des plus divers. Ainsi sont ENT ou y donnent accès : I-Prof, des clés USB personnalisables telles que celles du ministère, donnant alors accès tant à I-Prof et à des ressources publiques qu’à des ressources sur abonnement pré-financé, les « cartables en ligne », comme évidemment le réseau interne de l’établissement.

 Dans une acception large, on devrait comprendre comme partie de l’ENT, les TBI, labos de langue... et jusqu’à l’accès Internet et les listes de diffusion institutionnelles ainsi que les logiciels professionnels !


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color="#000080" size="3" face="Arial">Les acteurs des ENT

Ce sont collectivités locales et services déconcentrés de l’État (rectorats ou inspections académiques) qui décident, parfois avec l’aide du ministère, de la mise en place d’un ENT académique. Pour rentrer dans l’expérimentation, il faut en principe un noyau dur (professeurs et direction) pérenne, un projet de vie scolaire et un projet pédagogique. Cette condition ne s’applique plus en phase de généralisation. Le MEN a mis en place ou sollicité des structures destinées à produire ou diffuser des contenus et il attribue le label « Reconnu d’Intérêt Pédagogique ». Il lance chaque année un appel d’offre pour la réalisation d’applications : voir des exemples sur Educnet.

Les partenariats avec fabricants et éditeurs ne sont pas toujours si désintéressés qu’il y paraît : Microsoft offre aux personnels sa suite bureautique ET des activités pour le B2i basées sur l’usage de ses produits !

Pour être reconnus par le ministère, les ENT doivent en principe répondre à un « cahier des charges » garant de l’interopérabilité des ENT et de leurs applications... mais de nombreux ENT fonctionnent sans validation.


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color="#000080" size="3" face="Arial">Vous devez en savoir plus !

Nous publions ce mini-dossier pour inciter chacun à mesurer l’importance d’une implication des équipes dans le développement de cet Espace Nouveau Tentaculaire.

- Pour en savoir plus : le groupe TICE et le secteur juridique du SNES viennent de réaliser un dossier conséquent, adressé aux S2-S3 et accessible sur le site du SNES

Le dossier du SNES : – Édito. du secrétariat général – ENT, définition – Établissement et ENT – Les acteurs – La maintenance – La formation – Cahier de textes – Messagerie électronique – Traitement des absences – Droit syndical et des personnels – La CNIL – Liberté pédagogique – Propriété intellectuelle – Socle commun et B2i – ENT et CDI – L’ENT dans les disciplines – Les positions du SNES.

- En cas de doute sur le respect du droit des personnes, s’adresser à la CNIL (chaque rectorat a un correspondant).


Contact

ADAPT
46 av d’Ivry
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Tel : +33 1 40 632 830
Fax : +33 1 40 632 815
Mél : adapt@snes.edu
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