Collection d’histoire des sciences, en coédition Adapt-Snes / Vuibert

Entretien avec Jean Rosmorduc, paru dans l’Université Syndicaliste
 juillet 2006

La collection d’histoire des sciences et des techniques, co-éditée par Adapt et Vuibert, va publier très prochainement son vingtième ouvrage (en quatre ans). La fiabilité de la parution semblant bien établie, il nous a paru utile de faire le point avec notre ami Jean Rosmorduc, qui la dirige.

L’US : Revenons - si vous le voulez bien - sur les raisons d’être de la collection et sur les quelques principes présidant à sa création.

J. ROSMORDUC : Il est inutile, je pense, d’insister sur la nécessité pour un citoyen du XXIe siècle, de posséder une véritable culture scientifique et technique. Une telle culture implique un savoir, parfois un savoir-faire, mais aussi beaucoup de recul sur ce savoir, pour en comprendre l’évolution, juger de ses implications et de ses conséquences éventuelles. La connaissance de l’histoire de ce savoir apporte cette faculté ; dès les années 1920 Paul Langevin en était convaincu. Et Jean Piaget écrivait jadis en substance que, pour comprendre un ensemble complexe, il faut l’« appréhender » dans sa genèse.

L’US : Le principe vaut pour des questions scientifiques fondamentales ; mais peut-il éclairer les problèmes d’actualité qui préoccupent les Français ?

J.R. : Oui, parce-que ces questions méritent d’être mises en perspectives. Par exemple si les sciences européennes dominent depuis la fin du XVIe siècle, elles doivent pour une large part leur éclat aux héritages de civilisations antérieures, et tout particulièrement aux apports de la science arabe médiévale. C’est pourquoi nous avons réalisé, avec Ahmed Djebbar, Une histoire de la science arabe ; sous forme d’entretiens. Mais cela vaut aussi pour des questions de société plus conjoncturelles : pour ma part j’ai beaucoup mieux compris, je crois, les risques et les difficultés liés au danger de grippe aviaire en prenant connaissance de l’histoire des épidémies, notamment de ces maladies englobées sous le nom de « pestes » .

L’US : Quel est l’intérêt pédagogique d’une telle approche ?

J.R. : Face à un problème scientifique quelconque, prendre connaissance des hésitations, des réussites comme des erreurs des savants au cours de l’histoire, surtout si celle-ci est longue, aide incontestablement l’élève ou l’étudiant - et l’enseignant - à s’approprier les démarches et méthodes de ces savants. Cela facilite aussi souvent une meilleure compréhension du sujet. On peut même se demander s’il est possible de comprendre la théorie de la relativité ou celle de l’évolution sans leur histoire ; je ne le crois pas. Nos collègues didacticiens ont aussi beaucoup insisté - en s’inspirant des travaux de Gaston Bachelard - sur le concept « d’obstacle épistémologique ».

L’US : Comment sont choisis les titres (sujets ?) de la collection ?

J.R. : Nous avions au départ décidé que nous traiterions de ce que nous avons nommés « les grands tournants de l’histoire des sciences ». Certains des volumes correspondent effectivement à cette définition. Mais, par la suite, notre démarche a été plus pragmatique. Le champ de nos sujets - et de nos auteurs - s’est élargi par rapport à ce que nous avions initialement envisagé. Si d’ailleurs, des collègues ont des textes à nous proposer, ou des « commandes » en quelque sorte à nous adresser, qu’ils n’hésitent pas.

L’US : Vous vous êtes limités, pour l’instant, aux sciences dites « dures ». Comptez-vous aborder également les sciences de l’homme et de la société et l’histoire des techniques ?

J.R. : C’est une critique que l’on peut effectivement nous adresser. Nous sommes en partie tributaires de nos « carnets d’adresses » respectifs. Ceci étant, nous avons bien l’intention de publier aussi dans ces domaines. Des contacts ont été pris et l’écriture d’ouvrages sur l’histoire de la sociologie, de la psychologie, des théories économiques, et de l’archéologie, est en cours.

L’US : Pourquoi cette co-édition ?

J.R. : Je cherchais depuis longtemps à créer une telle collection car l’histoire des sciences est insuffisamment prise en charge à l’Université et il existe peu d’ouvrages. Adapt s’est tout de suite montrée enthousiaste. Il se trouve qu’alors j’ai rencontré le responsable du secteur « sciences » de chez Vuibert qui avait identifié lui aussi ce besoin d’une telle collection. Je les ai mis en contact et l’affaire a été vite conclue. Cela fait cinq ans que les deux maisons travaillent ensemble de manière efficace.

L’US : Adapt et Vuibert sont-ils satisfaits du nombre d’exemplaires vendus ?

J.R. : Certains titres se vendent mieux que d’autres, en fonction du sujet traité. Il est évident par exemple que les livres d’Arkan Simaan qui offrent un panorama de l’astronomie à travers les âges attirent plus de lecteurs qu’un ouvrage plus spécialisé. Mais globalement la collection « marche » et semble répondre aux attentes. Nos livres restent cependant trop peu connus de notre « lectorat naturel », c’est-à-dire des enseignants du second degré et de ceux des IUFM. Les campagnes publicitaires, coûteuses, étant exclues. Si des collègues se chargeaient de tenir des tables dans les salons d’éditeurs scolaires ou les colloques scientifiques, ou encore - en collaboration avec un libraire dynamique de leur ville - d’organiser des conférences autour des livres, ce pourrait être efficace. C’est une collection militante et c’est aussi un acte de militantisme que de la faire connaître !


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